Praticienne de Soin énergétique

Anne Koch

Émotion, toi qui fait surgir une houle si désagréable en moi, je te permets d'être là.

Déploie-toi, coule, promène-toi dans mon corps. Finalement, tu es comme une odeur, un frisson qui vient colorer un instant mon instant...

 

 

Le goût de l'abandon. Voilà ce qui surgit encore. Un puissant déchirement de son être, du bas vers le haut et la sensation de ne plus avoir de place en elle, pour rien ni pour personne. Sa fille qui pleure, le chat qui réclame ses croquettes, les poules qui attendent qu'on leur ouvre la porte.

Tout cela frappe contre elle comme des coups qui l'assomment, qui la dérangent, qui l'égratignent, qui crissent contre sa peau. Où est sa peau d'ailleurs? Pourquoi est-elle partie cette enveloppe qui la maintient dans le bon sens et debout dans ce monde? Elle fuit. S'éloigne de la maison en faisant la sourde oreille aux appels de sa fille, une bière à la main et une cigarette allumée dans l'autre, en cherchant un endroit où elle pourra déposer à terre juste à côté d'elle, sans le toucher, ce tas d'émotions acides.

Il commence à pleuvoir, une petite pluie légère qui vient poser des perles sur les herbes et les fougères de l'automne. Le ciel est gris-noir et sent délicieusement le feu de bois et la pluie mêlée. Elle s'asseoit sur une souche humide qui refroidit ses fesses. Tire sur la cigarette et avale deux gorgées de bière. Dans sa tête, la voix parle fort et se répète sans cesse. Elle parle de colère, ressort des vieilles histoires et crache des postillons de rancune.

Et puis arrive une grosse vague de désespoir. Le sentiment hurlant et pâle d'être abandonnée, seule au fond des ténèbres. Elle ne peut plus s'accrocher à rien car tout vient d'être avalé. Sa bouche se tord pleine d'ametume. Comment le moindre geste du quotidien est-il devenu si difficile? Pourquoi est-ce que je ne ressemble plus qu'à une grosse plaie béante, se demande-t-elle? Où est passé le reste de moi? Le reste du monde?

Elle regarde tout ce qui se tord en elle. Un rayon de soleil passe à travers les nuages et vient étinceler dans une goutte posée dans l'herbe. Elle a des drôles d'intonations, cette voix rageuse. Et ce corps, tellement rempli d'acidité qu'il semble déborder et répandre son odeur triste partout autour.

Drôle de chose, se dit-elle, de vivre le monde acide comme ça. La pluie grise, la cigarette qui arrive à sa fin et son ventre tout tordu. Elle inspire un grand coup et regarde ses pieds, entouré de feuilles brunes et de terre noire. Et pourquoi pas? J'aime bien les chips au vinaigre qui rabotent la langue, pense-t-elle. Tristesse, désespoir, je te permets de vivre ta vie, de te déployer dans mon corps. De contourner mes pieds nus et mes tongs sales. T'es déjà là de toute façon.

Elle se lève et ça tremble encore un peu dans le ventre. Le vent contourne une coulemelle et vient effleurer sa joue, en soufflant: "ainsi soit-elle!"

 

 

Anne Koch, Le Grazo, 56250 ELVEN. Tel: 06.04.52.13.97

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